Anjozorobe prend son écotourisme en main

Avec l’ONG Fanamby, le village malgache s’investit dans la protection de l’environnement.
Par Pierre BLAISE
Liberation.fr : Jeudi 21 septembre 2006 – 06:00
Anjozorobe envoyé spécial

Les palabres s’éternisent alors que la nuit tombe sur Antsahabe tout près de Anjozorobe. Dans la salle de classe, on presse de questions Vonjisoa Rasoloarison, le directeur régional de Fanamby. Depuis quelques semaines, l’ONG a ouvert un site écotouristique, bientôt géré directement par les habitants de la localité. Ceux qui sont là seront guides stagiaires ou cuisinières, et le fonctionnement se met en place à grand renfort d’explications et de concertations. Tant pis s’il faudra rentrer chez soi dans le noir.

A moins de 100 km au nord de la capitale, Antananarivo, le village n’a pas l’électricité. Alors la conservation de l’environnement est bien loin d’être une priorité, sauf si elle s’accompagne d’un projet de développement concret.

«On a été convaincu car on a été constamment impliqué», explique à la sortie de la réunion Aimé, qui se contente aujourd’hui bien volontiers de la réfection de la route jusqu’à la ville d’Anjozorobe, et de la promesse de revenus futurs.

Il assure ainsi que son intérêt n’est plus de détruire aveuglément la richesse naturelle qui l’entoure, mais de la valoriser durablement.
Forêt primaire.
La volonté de développer le tourisme dans ce couloir forestier d’Anjozorobe-Angavo est l’action la plus visible, mais elle ne représente qu’une petite partie de la vaste entreprise de Fanamby. L’ONG a pris en charge cette nouvelle aire protégée, un site classé fin 2005 dans le cadre de la politique initiée après «la vision Durban» du président malgache, à savoir multiplier par trois la surface des aires protégées de l’île. La zone en question concerne plus de 50 000 ha couverts pour moitié par une forêt primaire menacée par la déforestation et abritant notamment douze espèces de lémuriens.
Actuellement en «protection temporaire», la zone devrait être classée dans la catégorie 5 l’an prochain, un statut qui associe la population à la protection de l’environnement . Une innovation sur l’île, où la pauvreté rurale freine habituellement les initiatives des chantres de la biodiversité. Le plan d’aménagement et de gestion est actuellement en cours, mais «l’accord volontaire» des paysans est un gage de réussite.
Grâce à une sensibilisation permanente, les paysans semblent avoir compris qu’en coupant ou en brûlant les arbres pour s’approprier de nouveaux terrains, ils mettent en péril leur avenir ou celui de leur descendance. «La forêt donne de l’eau ; l’eau est la base de la vie», résume le slogan de Fanamby qui, auprès des populations, met en avant leur intérêt avant celui des lémuriens.

«Les paysans ont peur qu’on vienne leur piquer leur terre, alors qu’on est avant tout là pour valoriser leur travail et les sécuriser foncièrement», explique Vonjisoa en embrassant du regard le magnifique panorama mêlant puzzle de rizières et forêt primaire.

Sur les collines, les taches noirâtres de terre brûlée rappellent l’urgence. Intégrant des zones tampons autour et au coeur de l’aire protégée, Fanamby espère que la richesse naturelle sera une source de développement durable et non plus une ressource immédiate et éphémère.
En promettant le développement du commerce de riz bio, d’écrevisses, de pommes de terre ou de gingembre, via un apport technique et surtout une ouverture vers le marché, l’ONG a obtenu la confiance des paysans. Avec le soutien financier de divers donateurs, dont le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM) et la Fondation Moore, des routes ont été réhabilitées, une passerelle de 432 mètres, la plus longue du pays, surplombe désormais une immense rizière, jusque-là infranchissable pendant la saison des pluies.

Hérésie.

Le projet prévoyait sa construction avec 600 troncs fournis par les habitants. Une hérésie, puisque cette avancée se serait faite au détriment de l’écosystème. «On a obtenu une rallonge budgétaire pour acheter plutôt de l’eucalyptus», se réjouit Mamy Razfindrakoto, le responsable de l’aménagement, en traversant cet ouvrage qui permet aux enfants de ne plus rater un jour d’école.

Les progrès sont déjà visibles.

«On a attrapé quelqu’un qui coupait du bois», raconte fièrement Rakotondrafara, chef du fokontany de Antsahabe (plus petite délimitation administrative), qui sera chargé de diriger l’utilisation des revenus générés par le site écotouristique.

Fanamby n’en a pas fini avec les réunions, mais les mentalités ont déjà changé.

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